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5 min de lecture

Montres connectées 2026 : vos données de santé valent de l’or

Close-up of a smartwatch on a wrist showing health metrics outdoors on a sunny day.

Votre montre sait combien de temps vous avez dormi cette nuit, à quelle heure votre cœur s’est emballé hier matin, et parfois même où en est votre cycle menstruel. Ces informations, vous les regardez d’un œil distrait sur l’écran avant de filer au travail. D’autres les regardent avec beaucoup plus d’attention : assureurs, mutuelles, régies publicitaires et parfois des sociétés que vous n’avez jamais entendu nommer. En 2026, le marché des données de santé issues des montres connectées pèse plusieurs milliards d’euros, et la plupart des porteurs n’ont aucune idée de ce qui circule derrière leur poignet.

Ce qu’un bracelet mesure vraiment, minute par minute

Une Apple Watch ou une Galaxy Watch récente collecte en continu la fréquence cardiaque, la variabilité de ce rythme, la saturation en oxygène, les phases de sommeil léger et profond, le nombre de pas, et pour certains modèles l’électrocardiogramme à la demande. Les bagues comme l’Oura ajoutent la température cutanée, utilisée pour estimer l’ovulation avec une précision souvent meilleure que les applications de suivi de règles classiques. Un porteur assidu génère ainsi plusieurs centaines de points de données par jour, bien plus détaillés que ce que son médecin traitant obtient en une consultation annuelle.

Le problème ne vient pas de la collecte elle-même, techniquement nécessaire pour calculer un score de récupération ou alerter sur une arythmie. Il vient de ce qui se passe ensuite : ces données transitent par l’application du fabricant, parfois par une application tierce de coaching sportif, puis atterrissent sur des serveurs dont la localisation et la politique de conservation restent souvent floues pour l’utilisateur final.

Le trajet discret entre votre poignet et un serveur publicitaire

Beaucoup d’applications de fitness gratuites intègrent des kits de développement publicitaires qui transmettent des données d’usage à des régies tierces, pour affiner le ciblage. Une enquête menée en 2023 par des chercheurs européens avait déjà montré qu’une partie des applications de suivi de cycle menstruel partageaient des informations sensibles avec Facebook ou Google sans que l’utilisatrice en soit clairement informée. Trois ans plus tard, la pratique n’a pas disparu, elle s’est seulement raffinée : les consentements sont demandés via des bandeaux conçus pour pousser au clic rapide, et la case « refuser tout » reste souvent plus difficile à trouver que celle qui accepte.

Sur Android, le système Health Connect centralise désormais les données de santé et impose, en théorie, qu’une application demande une autorisation précise pour chaque catégorie d’information. Sur iPhone, HealthKit fonctionne sur le même principe. Mais l’autorisation accordée une fois reste valable tant qu’elle n’est pas révoquée manuellement, et peu d’utilisateurs reviennent vérifier, six mois plus tard, quelles applications accèdent encore à leur fréquence cardiaque nocturne.

Quand l’assurance propose une remise contre votre sommeil

Certaines mutuelles et assureurs santé ont lancé des programmes qui offrent une réduction de cotisation, ou des points échangeables contre des bons d’achat, en échange d’un accès aux données de la montre connectée. Le principe, inspiré du modèle Vitality développé par l’assureur sud-africain Discovery et repris par plusieurs acteurs européens, paraît avantageux au premier abord : marcher davantage fait baisser la facture. Dans les faits, l’assuré transmet un historique détaillé de son activité physique et parfois de son sommeil à une entreprise dont l’intérêt commercial est, par construction, d’identifier les profils à risque.

Rien n’empêche aujourd’hui qu’un programme de ce type, après avoir constaté un sommeil fragmenté récurrent ou une fréquence cardiaque de repos élevée, ajuste discrètement une offre future ou oriente une proposition commerciale vers un contrat plus coûteux. La loi encadre l’usage des données de santé comme une catégorie particulièrement protégée du RGPD, mais l’encadrement juridique suit toujours avec retard les usages commerciaux concrets. Le porteur qui accepte ce type de programme échange un avantage immédiat et visible contre une information qu’il ne pourra jamais vraiment reprendre.

Les réglages à vérifier avant de relier sa montre à une nouvelle application

Avant de connecter une montre à une application tierce, qu’il s’agisse d’un coach sportif, d’un suivi nutritionnel ou d’un programme de mutuelle, quatre vérifications simples évitent la plupart des mauvaises surprises.

  • Lire la liste des autorisations demandées dans Health Connect ou HealthKit avant d’accepter, et refuser les catégories qui ne servent pas à la fonction annoncée, comme un accès au cycle menstruel pour une application de course à pied.
  • Vérifier dans les réglages de confidentialité de l’application si elle propose une option de suppression des données après un délai défini, plutôt qu’une conservation illimitée par défaut.
  • Désactiver le partage avec des tiers publicitaires lorsque l’option existe, souvent cachée dans un sous-menu « personnalisation » plutôt que dans l’onglet confidentialité principal.
  • Revenir une fois par an sur la liste des applications ayant accès aux données de santé et révoquer celles qui ne sont plus utilisées, un réflexe que presque personne n’a mais qui prend moins de cinq minutes.

Cette vérification annuelle vaut autant pour un smartphone Android que pour un iPhone : les deux systèmes conservent les autorisations tant qu’elles ne sont pas explicitement retirées, même si l’application correspondante n’a pas été ouverte depuis des mois.

Ce que changent les nouvelles règles sur l’espace européen des données de santé

L’Espace européen des données de santé, dont la mise en œuvre progresse en 2026, vise justement à encadrer le partage de ces informations entre professionnels de santé, tout en renforçant les droits d’accès et de rectification des patients. Le texte concerne en priorité les données médicales issues des dossiers de soins, pas directement celles générées par les montres connectées grand public, qui restent soumises au régime classique du RGPD. La distinction compte : un hôpital qui partage un dossier patient avec un autre établissement opère sous un cadre strict et traçable, alors qu’une application de fitness qui transmet des données à un partenaire publicitaire reste souvent dans une zone grise que seule une plainte individuelle ou un contrôle de la CNIL permet de clarifier.

En pratique, la vigilance individuelle reste donc le principal rempart. Choisir une montre dont le fabricant publie clairement sa politique de conservation, privilégier les applications qui proposent un mode hors ligne ou un stockage local plutôt qu’un envoi systématique vers le cloud, et accepter de perdre quelques fonctionnalités sociales pour gagner en discrétion : ce sont des arbitrages personnels, mais ils ont un coût réel si on les ignore.

La montre connectée n’est pas devenue un mouchard malveillant du jour au lendemain. Elle reste un outil utile pour repérer une arythmie ou ajuster un entraînement. Mais elle s’est transformée, au fil des mises à jour et des partenariats commerciaux, en une source de données aussi précieuse que sensible. La différence entre un porteur protégé et un porteur exposé tient rarement à la technologie elle-même : elle tient aux dix minutes passées, une fois par an, à relire qui a encore accès à ce que son propre corps raconte.

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Photo : https://kaboompics.com/ (Pexels)

Adrien

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